Un cri de liberté

Un cri de liberté

 

Discours entendu au Puy-en-Velay sur une place, le 16 janvier 2021

 

« Citoyens altiligériens, citoyennes altiligériennes, vous qui n’avez ni peur des frimas de l’hiver ni de la répression de l’État, vous êtes rassemblés aujourd’hui pour la défense de nos libertés ! Ce n’est pas rien ça : « la défense des libertés » ! Pourquoi ce n’est pas rien ?

Parce que derrière « la défense des libertés », il y a la lutte pour LA LIBERTÉ. La liberté au singulier. La liberté avec un grand L. Pas celle que l’on consent à accorder dans certaines limites, comme quand on donne à son chien la possibilité de gambader librement dans une cour fermée. Mais celle qui appartient à tout homme[1]. Celle qui le distingue de l’animal. Celle qui lui donne sa valeur comme être humain.

L’animal n’est pas libre d’agir. Il n’a pas le choix. Il agit et réagit en fonction de ses instincts qui prédéterminent son existence. Mais l’être humain, lui, il peut choisir, il peut décider, il peut inventer, il peut agir en se fondant sur ses propres choix, sur ses propres décisions, en se fondant sur sa réflexion, en se fondant sur des valeurs et des règles qu’il établit lui-même. C’est bien ça, la liberté avec un grand L, celle qui caractérise l’homme en tant qu’homme, le lieu où il peut s’épanouir dans son humanité.

La liberté réside dans la possibilité que l’être humain a de s’autodéterminer, de décider individuellement et collectivement de son existence, en écoutant son cœur, sa raison et son imagination ! Lorsqu’on nous enlève nos libertés, c’est de cette possibilité-là que l’on nous prive et c’est dans notre humanité-même que nous sommes attaqués !

Ne soyons pas les êtres abrutis et impotents que les puissants veulent faire de nous.

Non, ce n’est pas rien « la défense des libertés » ! Mais il y a plus ! Lorsque vous luttez pour vos libertés, vous luttez pour autre chose encore, sans laquelle la liberté n’est rien ! Cette autre chose, c’est L’ÉGALITÉ ! Dans un monde où les plus forts écrasent les plus faibles, où les plus riches oppriment les plus pauvres, où « ceux qui réussissent » piétinent « ceux qui ne sont rien », où la force et la fortune font loi, quelle place y a-t-il pour la liberté ? Dans ce monde-là, la seule liberté qui vaille, c’est celle des puissants, celle d’écraser, de piétiner, d’opprimer, en un mot, celle d’asservir, d’asseoir sa domination sur les autres et de les priver de leur liberté.

Lutter pour la liberté, c’est lutter pour la reconnaissance de l’égale valeur de tous les hommes, c’est lutter pour la reconnaissance que chaque être humain est également digne de la liberté. Lutter pour la liberté, c’est lutter pour l’égalité politique et économique sans lesquelles les hommes seront toujours à la merci des plus puissants et dans l’incapacité de décider eux-mêmes de leur propre existence, comme des idiots imbéciles à la merci de brutes odieuses.

Non, ce n’est pas rien « la défense des libertés » car une vie sans liberté ni égalité n’est pas une vie digne d’être vécue. Mais ce n’est pas tout ! Il est une troisième chose pour laquelle on lutte, quand on lutte pour « la défense des libertés », une chose sans laquelle la liberté et l’égalité ne peuvent pas exister, c’est LA FRATERNITÉ. Dans un monde, où les rapports humains sont régis par le mépris et la haine, où l’autre est un ennemi ou un concurrent à abattre, où les intérêts privés l’emportent systématiquement sur le bien commun, quelle place y a-t-il pour la liberté et l’égalité ? Une société humaine, une société d’hommes libres et égaux se construit dans la volonté délibérée de faire route ensemble. Elle ne se construit pas les uns contre les autres. Elle se construit avec les autres et les uns pour les autres. Elle se construit dans la recherche du bien commun. Pour faire route ensemble, il faut de la bienveillance, du respect, de la solidarité, de l’entraide, de la fraternité, en un mot, il faut vouloir pour autrui ce que l’on tient pour un bien.

La liberté, l’égalité et la fraternité, ce ne sont pas seulement des beaux mots que l’on inscrit sur le fronton des monuments, ce sont des valeurs fondamentales, sans lesquelles les hommes ne sont pas des hommes, sans lesquelles l’homme est nié dans son humanité. C’est au nom de cette humanité-là que nous devons nous battre, une humanité qui reconnaît la valeur de chaque être humain et qui lui donne la possibilité de s’épanouir dans la liberté.

Voilà pourquoi nous luttons et pourquoi nous devons continuer à lutter. Lutter ? Mais lutter comment ? quand le système de domination politique et économique dans lequel nous nous trouvons enchaînés nous a rendus impuissants.

D’abord, nous devons nous rappeler que c’est nous qui produisons la valeur, que c’est nous qui faisons société, que c’est nous qui donnons pour la société et recevons d’elle et qu’elle n’est rien sans nous. Nous devons nous rappeler que nous sommes tous importants. Nous devons nous rappeler que nous sommes tous dignes de la liberté et du respect de nos semblables. Nous devons nous rappeler qu’aucun homme ne vaut ni ne mérite mieux que nous. Nous devons nous rappeler que nous avons tous droit à notre part et que personne n’a le droit de nous en dépouiller.

Ensuite, nous devons nous rappeler que la force réside dans le nombre. Que seuls nous ne sommes rien mais qu’unis nous sommes tout. Nous devons renforcer les liens qui nous unissent. Nous ne devons pas rester isolés dans les contraintes de nos vies quotidiennes. Nous devons nous tourner vers notre entourage, nos familles, nos amis, nos voisins, nos collègues, nos connaissances, proches et lointaines, pour tisser des liens de solidarité, pour nous organiser ensemble et faire force commune.

Alors je vous le demande, et je vous propose d’en discuter ensemble, ici et maintenant, comment nous organiser pour être plus forts, pour engager plus de monde dans notre lutte, pour agir ensemble avec intelligence et force ? Si nous ne voulons pas que ce rassemblement ne soit qu’un rassemblement de plus, si nous voulons mettre un terme à la politique asociale et inhumaine des puissants, il nous faut réfléchir et décider ensemble de moyens d’actions qui peuvent nous permettre de contrer radicalement les attaques continuelles dont nous sommes l’objet, de changer le rapport de force, de reconquérir notre liberté, c’est-à-dire de reconquérir la possibilité de décider nous-mêmes, ensemble, de nos existences et de ce qui en fait la valeur. Discutons-en ensemble, ici et maintenant ! Qui veut prendre la parole ! »

 

[1] Mammifère de l’ordre des Primates, sans considération de sexe, seule espèce vivante des Hominidés, caractérisé par son cerveau volumineux, sa station verticale, ses mains préhensibles et par une intelligence douée de capacités de créativité, d’abstraction, de généralisation, et capable d’engendrer le langage articulé.

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